Alexandre Guttierez

Je me tiens là, sur la plage, derrière la dune, au couchant. Le sable est une femme rousse,
peut-être la Jeanne de Baudelaire, allongée, et je foule ses jambes roses jusqu'à l'ombre
moite et frisottée de la mer.

Je m'y plonge à mi ­ torse, y noie mon visage, mouille mes cheveux, m'inonde de son sel doux.
Puis je nage vers l'astre orange, posé sur l'onde comme un luminaire kitch.
Qu'on me comprenne : je nage vers lui pour le saisir.
Aussi fais-je donner toute ma santé comme un artilleur ses obus sur la ville qui doit être détruite.

Il se dérobe, qu'y puis-je ? Il s'enfonce, s'écrase et s'amollit comme le ballon des
enfants à l'heure où la foire éteint ses feux. J'ai le c¦ur haletant de cette nage vaine que
j'ai voulue fluide, rapide, à la polynésienne. J'attrape la bouée providentielle d'un corps
mort dont l'embarcation est absente. Reprends mon souffle comme un dû.

Là, reposé comme une planche, je comprends les vagues, je les saisis pleines et entières, je
les happe comme elles m'enrobent, je les bois comme elle m'enivrent.
Je suis un gisant au jusant, moins qu'une ombre dans le crépuscule, moins qu'une cédille
oubliée sur la leçon de choses. Je vibre.
Je suis un diapason offert qui donne le ton au ch¦ur désespéré du monde allant se répéter.
Et pourtant : le long de mes veines engourdies par l'insolent ressac court comme un frisson
névralgique le sentiment muet de la métamorphose.
Mon dieu, c'est un appel, c'est un alléluia brisé qui monte de mes entrailles, envahit ma gorge et
ma langue, mais s'étouffe au sortir de ma bouche. Quelle musique pourtant, pleine et
irréfragable, entrebâillent mes lèvres comme un coquillage s'ouvre au plancton de service, la
bave aux commissures ?

J'inhale, je m'impoumone, et l'air me rend au jour qui fuit, il m'exhorte au rivage.

J'y suis, titubant. Mes vêtement n'y sont plus. Comme dérobées par l'astre dans son aspiration.
Mais je vois s'avançant dans son sari rouge-sang la femme talisman, dorée comme sa
blondeur. Je coule, suave, en son regard lagon où louvoient silencieuses les raies aux ventres
mauves, comme les drapeaux flottant de la grande citadelle, désertée par le temps.
Ô Gwen l'insoumise, oubliée de l'oubli, habille moi de tes yeux, vêts moi de tes caresses,
enveloppe moi de ton rire !
Ecoute ! N'est-ce pas le monde qui bruit, frémissant, hoquetant ?

Entends le qui mastique, entends le qui étreint, entends le qui défèque au gré de ses humeurs.
Saisissons sa rumeur !
Alors je la vis mieux, son sari, un haillon, les creux là sur son front.
Et j'entendis sa voix, presque sans partition, chuchoter dans le vent.
Elle venait, s'approchait, bientôt elle se blottit, ses grandes mains aveugles étreignant
mon visage. Tu es donc revenu, Alexandre Guttierrez, et le sari tomba à la pointe de ses
pieds, tu es donc revenu pour finir le combat. Et, d'où, cette autre voix ? Métallique et coulante ?
Cette voix de cotation, cette voix d'obligations, cette voix de papillon ?

Alexandre guttierez se réveilla et pensa que ses combats avaient été nombreux ; depuis
les manifestations étudiantes de Mexico en 1968 en passant par la lutte anti-impérialiste
menée au côté des camarades du MIR chiliens, puis les camps du Mozambique pour le compte des Cubains.

Les luttes, il les avaient menées armées ou non, avec c¦ur ou avec cynisme. Il en était revenu,
s'était reconverti dans le recyclage de vieux tuyaux.
Sa matière à lui s'était maintenant, le plomb, le cuivre, l'étain. Il courait les décharges des
grandes villes européennes et refondait les matériaux ainsi acquis dans une ancienne usine de
l'empire, aux environs de Vilnius.
La matière ainsi retraitée servait à la fabrication d'armes dans une usine de l'ex Da-Nang et
était revendue aux mafias de l'est ou aux bandes armées d'afrique de l'est.
Internationaliste, il l'était de plus en plus, circulant à peu près aussi vite que ses capitaux et
transportant par pure esthétisme, au kilo sans payer de taxes, des valises de billets verts.
Les seuls disait-il pour lesquels il abandonnait tous ses fondamentaux d'ex-bolchevique
Elle était là devant lui, la pointe des seins tendue et le corps frémissant.

Alexandre Guttierez pensa qu'au fond son seul véritable combat, celui pour lequel il était de
nouveau là était perdu d'avance. Ce combat, Oberkampf, il allait le livrer pour Lucinda,
mais avant, il allait prendre du bon temps.

Lucinda, il ne savait pourquoi était irrémédiablement associée dans son esprit à la révolution.
Elle était de ces égéries dont surent s'entourer tous les gépéoutistes et autres
oppositionnels de gauche rivalisant de séduction, de savoir, d'amour, d'action et de mort :
Gertrude schildbach qui désigna Ignace Reiss aux balles de ses assassins, Carmen Caridad
Del Rio, mère de l'ignoble Ramon Mercader, la belle Sylvia Ageloff séduite par ce dernier,
et par qui d'une certaine manière le malheur arriva.
Pour Lucinda il avait du ravaler sa faconde et en rabattre.

A son propos, il avait écrit comme une formule ésotérique, destinée à restituer toute la
magie de l'idée d'Elle : DIVIN DEVIN, DIEU VINT ! fasciné par sa propre audace et ce
qu'appelait ce précipité poétique.
Il ne laissa cependant aucune trace écrite de cet abandon délétère qui lui aurait valu, à
cette époque d'être sévèrement tancé par son responsable de cellule - action.
Un corps franc se doit d'être pur et ne rien céder aux langueurs petites bourgeoises.
Il
n'empêche, il récitait cet mantra à chaque fois que le désespoir entamait son enthousiasme
révolutionnaire.
Elle s'approcha de lui et se mit à caresser l'orée de son pubis.
Lucinda occupait maintenant complètement l'esprit d'Alexandre Guttierrez. Avec elle, il
avait convoqué ses dieux d'antan; Lautréamont (le gars Isidore), Rimbaud, mais aussi et
surtout Artaud. Il avait ressenti ce que l'amour peut être à chacun, et compris la quête du
facteur cheval.

Il avait aussi souffert de l'indifférence joliment feinte de Lucinda. A ce moment là pour
conjurer le sort il avait couché ses aigreurs sur le papier et s'était abandonné à ses états.
Il avait écrit ses quelques lignes à la mesure de son dépit et dont malgré le temps il restait assez fier:
Qu'attendre d'une religieuse existence : la paix de l'âme, de l'esprit, des sens.
Rendre grâce au divin de n'être sollicité que par lui, le remercier d'expliquer ce que l'on ne
s'explique pas, le remercier d'agencer le monde à l'image de l'ordre qui y règne.

J'ai pour ma part choisi de m'égarer, là où le moindre mot, le moindre geste, déroutent
l'esprit, les sens, là où le monde perd de sa cohérence, là où une nature profonde, oubliée,
dissimulée explique pour quelles raisons j'agis ainsi.

Un soir, une infâme petite et ingrate nature me souffle au ras du cou, dans le creux de l'oreille :
" A quoi peut bien servir de penser la vie, si c'est pour ne plus la vivre ?"
Ha belle âme, tendre enfant, qui es tu donc pour ainsi abattre le plus bel élan de mes sens.
Plût à dieu que ta belle éducation et ta prescience des hommes te permettent d'offrir à
quelques vagabonds dont je suis, un corps digne de ce nom.
C'est sans doute charité chrétienne et perverse foi qui habilement mixés par le temps et
l'histoire nous offrent de si palpitants produits.
C'est sans doute aussi que le moment est venu de servir la plus radieuse des expressions
de la modernité : La foi dans le quotidien
Il est vrai que la multitude perd l'esprit, mais nul n'est besoin de divin pour expier, l'ordre
s'en charge.
Il est aussi vrai qu'à trop vouloir l'esprit se disperse, l'âme divague, le sens s'émousse et
le tact classique des hommes d'aujourd'hui suffit à les garder dans le droit chemin. Tout
cela ne mine plus l'existence mais l'estomac.
Mais l'archange que maintenant je connais s'exaspère. Il ne sait rien me révéler d'autre
que ses reliefs, sa saveur non éternelle.
Il m'aura pourtant surpris, car si insipide fût-il de jour , la nuit quand monte la rumeur, il
quitte sa hauteur , se colle à terre et comme tous les autres s'abandonne. Il se réjouit
d'être entrepris pour ce qu'au fond il est.
Mon archange n'est qu'un vieux démon, passablement flétri bientôt vieilli.
Un jour mon ange, je t'ai vu n'échappant ni aux affres de l'âge, ni aux gageures de la ménopause.
Je te regardais, des bribes de lueurs dans l'¦il, tes lèvres toujours charnues mais un peu
pendantes et chacune de tes petites rides avant si charmantes aujourd'hui ravines.
Etranges lambeaux de peau autrefois chair, sang et vie.
Je te vois fermant à demi les yeux, plissant tes délicieuses pommettes et ouvrant une
bouche violemment désirable.
Aux confins de moi tout fluctue, l'animal en moi se meut, le mouvement de ton corps m'éparpille.
Tu te tords, t'émeus, Narcisse se fourvoie et s'imagine une foule en émoi.
JE est fort de tout excepté de sa réserve.
PuisŠ
Mes actes se perdent, je me dénie, tu t'étonnes, je n'incarne plus.
Je cherche ma s¦ur de vie.
Je chasse dans le domaine de l'esprit conforme mais butte sur de vieilles réminiscences.
Ce matin, étendue, lumière pleine face, l'ombre de côté, le sol se dérobe, j'aime ton ¦il
qui vit, les lignes de ton corps, la grâce de ses formes.
Plus tard, le corps souple, l'assaut sévère et le regard fixe, l'étreinte, la démesure, le déferlement.
Nos corps font relâches, nos souffles courts, des mots surgissent, s'entrechoquent puis se
meurent mais déjà les pensées se ravisent. Préservons encore de cet instant !
Cheveux en l'air, nuque dégagée, tête baissée, la sauvage enfant n'est rien d'autre qu'une
merveilleuse illusion d'optique.
Elle est gourmande et on ne l'imagine pas quand assise, elle trépide, allongée, elle
frénétise, concentrée elle s'agite, sérieuse elle s'abandonne.
Elle savoure l'existence comme d'autre l'accomplisse, elle boit le bonheur comme d'autre
l'imagine, elle lui caresse la tête et le mord.
Je lui et elle me veux du bonheur.
Elle s'était maintenant agenouillée et Alexandre Guttierrez posa le plat de sa main sur sa
tête sans s'arrêter de penser à Lucinda.

Il était ici maintenant à deux rues de la place San Pablo, martyr du Chiapas, là où
l'hacienda blanche élevait ses hauts murs. Là où s'était scellé le sort de son histoire avec Lucinda.

Lucinda était devenue sous-secrétaire d'état à la condition féminine, elle avait une
fille qui avait à peu prés l'âge qu'avait sa mère lorsqu'ils avaient été séparés par le cours de l'histoire.
Elle animait ce soir un gala de charité pour les filles mères, devenues pour le pays un
véritable problème de société. Voilà pourquoi Alexandre était revenu.

Leurs amis d'adolescence étaient devenus capitalistes, boursicoteurs, journalistes,
scénaristes, mais aussi chercheurs en agronomie, fonctionnaires, ou parfois pêcheurs de
langoustines au Guilvinec et même préposé à la Poste.
Le Président et Alexandre avaient été très proches. Ils avaient partagé ensemble, et avec
d'autres, des débats passionnés sur la construction de l'Internationale, et aussi des
matchs enflammés de tennis de table. Tous deux avaient atteint les demi-finales du
championnat régional, en double de concert, en simple, ils étaient tombés sur des
Roumains ou des Bulgares, qui les avaient défaits en quelques sets secs, très secs.
Ils avaient également partagé à plusieurs reprises les faveurs de jeunes filles, puis de
jeunes femmes, le départ d'Alexandre n'ayant pas permis de poursuivre sur cette lancée
pour les femmes à proprement parler. Ce n'était ni mimétisme, ni plagiat, mais plutôt
goûts communs et Alexandre avait un jour dit à une femme qui lui annonçait qu'elle
rompait d'avec lui pour rejoindre l'autre qu'au fond il ne lui en voulait pas puisque l'autre
était comme un frère très proche et qu'entre eux la jalousie n'existait pas.
Bien sûr cela l'avait mise en colère et par la suite, elle était revenue vers lui de temps en
temps comme pour effectuer une comparaison. Avec Lucinda, ce n'était pas la même chose,
puisqu'à l'époque de leur aventure commune, elle n'était pas du tout dans le bain de la
politique active, et excellait dans les arts: peinture, sculpture, gravure.

Etudiante aux beaux-arts le jour, traductrice d'espagnol le soir et danseuse de tango
les fins de semaine, telle était la Lucinda qu'Alexandre avait connue et qu'il s'imaginait retrouver.
Cette soif d'activité ne l'avait pas quittée et comme inextinguiblement, Lucinda passait
d'un dossier à l'autre, d'une cérémonie officielle à un cocktail mondain, d'une AG féministe
à un rassemblement européen anti-machiste. Alexandre se retrouvait donc à quelques
secondes de la décision la plus importante de son existence et à passer définitivement
dans le monde des adultes.

Le monde des adultes ? Encore une fois, il était sous influence : cette fois, n'était-ce
pas Gombrowicz qui venait le hanter avec sa dialectique subtile entre maturité et immaturité ?

Assez ! Il fallait qu'il arrête de se payer de mots. Le songe aux relents celtiques
(réminiscence de sa thèse sur les mythologies comparées d'Irlande et du Mexique), l'image
puante de nostalgie d'une Lucinda qui n'avait pour elle que de le reconduire à un passé dont
il était littéralement intoxiqué, la prose de jeunesse toute entière d'imitation qui lui
servait de viatique, ce fantasme récurrent d'une pipe qu'on croirait sorti d'un porno soft
d'une série infra alphabétique, tout cela finissait par l'éc¦urer.
Et puis, pour apothéose, ce gala de filles mères : est-ce que tout cela avait le moindre
sens ? C'était une véritable parodie ! Une farce ! Pouvait-il être revenu pour quelque
chose d'aussi insigne ?
Perdu qu'il était dans ses pensées, il en oublia d'être tantriste et déchargea à pleins
tonneaux dans la bouche de la pute qui le suçait frénétiquement depuis qu'il avait ouvert
l'¦il et qu'il était debout, encore au bord du lit, entre veille et sommeil.
Il aimait bien la fellation du matin, elle avait un parfum d'innocence, et il l'avait payée
d'avance en plus de la nuit complète avec la pouf qui crachait maintenant son foutre dans
le lavabo de la chambre d'hôtel. Il s'excusa, lui donna un bifton supplémentaire, et la pria
de dégager le camp. Elle s'habilla en un clin d'¦il et sortit en maugréant.

Quelques secondes après ­ il crut que la chica avait oublié quelque chose - un loufiat
cogna à la porte et lui apporta le journal, en plus du café et des toasts. Une fois le
petit-déjeuner avalé, il alluma une cigarette, ouvrit les fenêtres - ça puait le foutre ­ et
regarda la ville s'agiter au dessous de lui avec un semblant d'aménité. Il prit une douche,
s'habilla de frais, et se jeta sur le Journal.
Les nouvelles d'ici ressemblaient à toutes les autres, mais elles étaient dans sa langue
maternelle et cela suffit à son bonheur de vieil exilé.

La lecture achevée, il rassembla ses esprits. D'accord, il avait voulu revoir Lucinda. Il n'avait
retrouvé qu'une caricature : une femme prématurément vieillie, qui avait recyclé l'idéal
révolutionnaire dans un combat qu'il ne pouvait pas s'empêcher de trouver débile.
Et maintenant ?
Il ne devait ce retour au pays et à la femme rêvée qu'aux bonnes grâces de l'organisation,
il avait intérêt à remplir son contrat : il n'allait pas risquer sa peau pour une vieille
féministe décatie à la vulve sèche !

Il fut subitement d'excellente humeur. Il se sentait toujours mieux, plus lucide, les
couilles vides. Il ouvrit le bar-frigo, en extirpa une bière fraîche qu'il sirota longuement.
Avait-il jamais été aussi en forme qu'aujourd'hui, à cinquante ans ?
Pas un poil de graisse, des cheveux, du fric, une position, sa vie jouée comme une aventure
chaque jour à écrire, une bîte encore bien raide pour peu qu'on sache s'y prendre: pas si mal, non ?
Il effaça Lucinda et son putain de gala de sa mémoire. Il n'avait plus une minute à perdre.
Quelques heures après, il avait entièrement remonté le fusil d'élite Beretta dont il avait
disséminé les pièces dans les différents colis qu'il avait fait parvenir à l'hôtel, semaine
après semaine, avant son arrivée. Il régla au mieux la lunette à infra-rouge qu'il avait acheté à
Vilnius à un sniper serbe en déshérence pour une poignée de marks.
La cartouche de munitions ajustée, il poussa un long soupir : tout était prêt.

Il rangea le gun dans un sac de golf, enfila son imperméable vert-bouteille, et quitta la chambre.
L'ascenseur l'amena en un clin d'¦il au rez-de-chaussée.
Il traversa le hall clairsemé et, une fois dehors, à distance de l'hôtel, héla un taxi.
La nuit tomba comme un rideau de théâtre métallique.


L'appartement où il se trouvait avait été loué depuis six mois.
L'organisation avait poussé la perfection jusqu'à le faire habiter par un locataire irréprochable
jusqu'à ce jour même.
Alexandre Guttierez attendait, debout au fond du living obscur, que lui
vienne le signal de confirmation.
La lueur rouge d'une lampe laser stria subitement les murs de la pièce avant de
s'interrompre. Il ouvrit le sac de golf et s'approcha de la fenêtre l'arme baissée vers le sol.
Ce n'était qu'une question de minutes.


La limousine stoppa en contrebas à l'endroit prévu. Par rapport à l'étage de l'immeuble où il se
tenait, l'angle approchait les quarante degrés : il était comme à l'entraînement.
Une différence, pourtant : ce petit creux au ventre qui n'était pas vraiment de la peur mais plutôt
le seul et entier sentiment d'être de plain-pied dans la réalité, dans le c¦ur même de l'existence.
Et cette légère douleur était aussi un plaisir, il la reconnaissait : elle était celle du coureur
épuisé qui veut abandonner sa course juste avant qu'il ne ressente, comme un shoot,
s'instiller dans ses veines le renouveau du second souffle.

Il pensa : il faut agir, sinon on ratiocine, mieux, il faut aimer l'action. Les gardes du corps
sortirent de la voiture comme une nuée d'abeilles hors de la ruche. Il colla l'¦il au viseur,
respira un bon coup, se relâcha, et prît une position immobile l'air bloqué au fond de ses
poumons. La porte arrière droite de la Mercedes s'ouvrit et il eut soudain, une fraction de
seconde, le visage fermé du vieux dictateur au milieu de son viseur: la cervelle explosa en une
purée de fruits des bois.

Guttierez souffla longuement, indifférent aux cris qui lui parvenaient d'en bas: s'était-il
jamais autant senti vivant ?